L’univers des abeilles et leur rôle dans la pollinisation

Eric Tarpin (à dr.) et Isabelle Legrand au cours de leur présentation au Kafékifé, samedi 20 janvier 2024

On compte 20 000 espèces d’abeilles dans le monde, dont la plupart sont solitaires. L’abeille domestique, la nôtre, est Apis mellifera mellifera : «abeille porteuse de miel». Il existe 23 races d’Apis mellifera.

Les abeilles vivent en colonie et forment une société très organisée. Chaque ruche possède une reine unique, dont la tâche unique est de pondre, entourée de 20 000 à 80 000 ouvrières qui s’activent avec ardeur. Dans la ruche, seules les quelques centaines de faux-bourdons paressent !

La durée de vie d’une ouvrière est variable en fonction de la période de l’année où elle a vu le jour : une abeille née au printemps va s’user très vite, car confrontée aux diverses tâches de la ruche, et sa vie durera entre 40 à 60 jours. Une abeille née en automne vivra plus longtemps car il n’y a plus de récolte à faire, donc elle pourra vivre entre 6 à 7 mois et passer l’hiver. L’abeille a le sang froid et meurt sous une température inférieure à 8°C.

La reine

La reine est une femelle sexuée un peu plus grande qu’une ouvrière, avec un abdomen plus long. Elle peut vivre 4 ans et va pondre des œufs toute sa vie (environ 1000/jour). Fécondée lors de son unique vol nuptial, elle va stocker les gamètes dans sa spermathèque pour toute sa vie, c’est donc elle qui contrôle la fécondation des œufs ou non au moment de la ponte.
Ses œufs donneront naissance soit à des larves mâles (œufs non fécondés), soit à des larves femelles (œufs fécondés) selon sa volonté.
Si la reine décide du sexe des larves, ce sont les ouvrières-nourrices qui, par la nourriture donnée aux larves femelles, orientera le développement vers une reine ou vers une ouvrière stérile. La colonie peut durer plusieurs années si elle survit à la saison froide.

Les faux bourdons

Un faux bourdon, plus gros et plus rond, et une abeille sur la même plante


Les faux bourdons sont quelques dizaines par ruche : ce sont des mâles, plus gros qu’une ouvrière, et aux yeux globuleux, qui sont présents uniquement au printemps et au début de l’été. Ils sont issus d’oeufs non fécondés. Leur unique rôle est de féconder une nouvelle reine lors d’un vol nuptial. Ils meurent après l’accouplement. Ils seront expulsés de la ruche ou tués par les ouvrières dès qu’ils seront devenus inutiles.

Les ouvrières

Les ouvrières sont plusieurs dizaines de milliers par ruche ! Ce sont des femelles non sexuées issues d’oeufs fécondés qui s’occupent de nourrir les larves, nettoient et protègent la ruche, vont récolter le nectar et le pollen des fleurs qui sont nécessaires à la survie de la colonie…

Cycle de développement et de reproduction

Le développement d’une future reine est le plus rapide : 16 jours. La larve de future reine ne reçoit que de la gelée royale jusqu’à operculation de la cellule. En 5 jours, le poids initial de la larve est multiplié par 1800. La gelée royale est sécrétée par des glandes pharyngiennes situées dans la tête des jeunes ouvrières nourrices.

Les reines naissent dans des cellules royales construites spécialement. Les larves ne sont nourries que de gelée royale par les ouvrières nourrices. La reine vivra entre 2 et 6 ans et sera nourrie toute sa vie par les ouvrières d’un mélange de gelée royale et de miel.

Le développement d’une ouvrière est de 21 jours. Les premiers jours après son émergence, la jeune ouvrière se nourrit intensément de pollen mis en réserve par les butineuses : ainsi elle permet aux glandes hypopharyngiennes de fabriquer la nourriture qui sera donnée aux larves (à base de miel et de pollen et d’un peu de gelée royale). 5 jours donc après l’éclosion de l’oeuf, la cellule de la larve est operculée. La larve se redresse pour effectuer sa transformation en nymphe.

Le cycle de développement du mâle est le plus long : il dure 24 jours. Après l’émergence, ils seront nourris par les ouvrières, puis au bout de quelques jours, se nourrissent seuls de miel. Le mâle n’a pas de dard.

Le travail de l’ouvrière

On aperçoit la pelote sur la patte de l’abeille


Durant leur existence, les abeilles exercent jusqu’à sept fonctions différentes : nettoyeuse, nourrice, architecte, manutentionnaire, ventileuse, gardienne et butineuse. Mais toutes les abeilles ne suivent pas le même «parcours professionnel» ; certaines brûlent les étapes pour devenir butineuses, alors que d’autres n’accèdent jamais à ce statut :

  • De 1 à 10 jours : abeille nettoyeuse : sa tâche consiste à nettoyer et préserver  le couvain du froid en s’agitant au-dessus.
  • De 10 à 20 jours :
    • Abeille nourrice : ses glandes sont à présent matures et lui permettent de nourrir les larves.
    • Abeille bâtisseuse : ses glandes cirières lui permettent ensuite de bâtir les alvéoles.
    • Abeille ventileuse : selon l’époque, elle ventile la ruche avec ses ailes, ce qui permet de sécher le miel.
    • Abeille gardienne : elle monte la garde devant le trou d’envol et aide à décharger le nectar apporté par les pourvoyeuses.
  • Du 20° jour jusqu’à la fin de sa vie :
    • Abeille butineuse  : elle part à la recherche de nectar ou d’eau pour la ruche, et de pollen.

Ouvrières bâtisseuses

C’est dans des cellules (alvéoles) que sont élevées les larves (couvain), et stockés le miel et le pollen (réserves). La fabrication de la cire par l’abeille cirière fait intervenir plus de 300 constituants. Elle demande beaucoup d’énergie puisque les abeilles ont besoin de 10 de kg de miel et 1 kg de pollen pour produire 1 kg de cire. Pour économiser le miel, l’apiculteur fixe sur les cadres de sa ruche des feuilles de cire qui sont gaufrées (dessin d’alvéoles de forme hexagonale), et que les abeilles vont étirer pour construire les alvéoles.

Rentrée à la ruche, la butineuse va faire tomber le pollen dans une des cellules qu’elle a soigneusement choisie. Le pollen est stocké avec un peu de miel dont les enzymes produisent une fermentation lactique, permettant une conservation et une excellente assimilation par les jeunes abeilles. C’est le « pain des abeilles ».
La butineuse qui rentre à la ruche distribue à une ou plusieurs ouvrières sa récolte de nectar.
Après transformation en miel dans leur bouche (ajout d’enzymes), elles le distribuent dans les différentes cellules ouvertes entourant le couvain operculé.
Lorsque le miel a atteint sa bonne concentration (< 18% d’eau), accélérée par la ventilation, les alvéoles pleins seront operculés par un bouchon de cire imperméable.
Une butineuse vole à 25 ou 30 km par heure avec une fréquence de 400 battements par seconde.
Quand une abeille trouve une source de nourriture à distance de la colonie, elle effectue une danse oscillante sur la piste de danse de la ruche. Cette danse contient des indications sur la direction et l’éloignement. Si la source de nourriture est proche, elle effectue une danse en rond.
Les abeilles butinent généralement dans un rayon de 1 à 1,5 km autour de la ruche La période de butinage dure entre 4 et 5 jours.
Une colonie peut récolter jusqu’à 5 kg de nectar par jour si les ressources végétales le permettent. Un gramme de nectar (stocké dans le jabot) nécessite que les abeilles visitent 8 000 fleurs ! 1 kg de miel correspond ainsi à 5,6 millions de fleurs visitées et 40 000 km parcourus ! Sur chaque fleur visitée, l’abeille dépose une phéromone lui indiquant, ainsi qu’à ses congénères, que la fleur a été exploitée.

Ouvrières butineuses

La pollinisation par les abeilles domestiques

Une abeille peut stocker sur une seule de ses pattes postérieures 500 000 grains de pollen et visiter en une seule heure 250 fleurs c’est dire à quel point elle joue un rôle majeur dans la pollinisation !
Ainsi, sur les 100 espèces de plantes alimentaires les plus cultivées dans le monde, 71 seraient pollinisées uniquement par les abeilles, dont les abeilles sauvages (qui, à la différence de leurs sœurs domestiques, sont des insectes solitaires).
Sur les quelque 4 000 plantes référencées dans l’herbier français, environ 600 sont butinées par les abeilles.
En Europe 84 % des espèces cultivées dépendent directement de la pollinisation par les insectes.

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